Pour la création d’un ordre des festivals

Organisée par le Groupe Istiqlalien de l’unité et l’égalitarisme de la chambre des Représentants en collaboration avec le Syndicat libre des musiciens marocains, une rencontre d’étude a débattu du cadre juridique pour organiser le travail des artistes étrangers au Maroc.

Organisée par le Groupe Istiqlalien de l’unité et l’égalitarisme de la chambre des Représentants en collaboration avec le Syndicat libre des musiciens marocains, une rencontre d’étude a débattu du cadre juridique pour organiser le travail des artistes étrangers au Maroc. Ont assisté à cette rencontre des représentants de syndicats et d’associations dans différentes disciplines du secteur artistique, dont chacun a pris la parole pour évoquer les problèmes auxquels est confronté son secteur concernant ce sujet. L’allocution de Mustapha Baghdad, président du Syndicat libre des musiciens, a été des plus claires. Il a insisté sur le fait de créer un ordre supérieur des festivals. «C’est une exigence qui s’impose d’elle-même pour organiser ce secteur, soit au niveau du calendrier annuel afin d’éviter les mêmes dates pour plusieurs manifestations, ou encore au niveau des thèmes. Le monde des spectacles connaît une situation anarchique incroyable qu’il faut maîtriser et gérer d’une manière plus professionnelle. Il ne suffit pas de faire des spectacles, mais il faut les réaliser dans les vraies règles du jeu. Ceci, bien sûr, en faisant la différence entre les prestations purement culturelles rentrant dans le cadre d’un échange culturel entre le Maroc et d’autres pays et celles commerciales qui invitent des artistes étrangers aux dépens de ceux marocains qui, même s’ils sont conviés, font uniquement le décor et se sentent marginalisés par les organisateurs. Ceux-ci considérant leur participation sans aucune valeur comme dans certains grands festivals très réputés chez nous. Ce qui a été souligné dans plusieurs organes de presse ayant exprimé leur mécontentement quant aux dépenses excessives par rapport aux cachets des artistes étrangers et la sous-estimation des artistes marocains. Dans notre statut, nous demandons à ce que la programmation marocaine dépasse les 70% avec une indemnisation respectable et une valorisation médiatique. Nos artistes méritent aussi qu’on s’intéressent à eux», souligne le secrétaire général du Syndical libre des musiciens marocains, Mustapha Baghdad. Et d’ajouter que notre paysage artistique a besoin d’un statut de lois pour organiser ce secteur et limiter le cadre du travail des artistes étrangers au Maroc.«Ce statut impose à l’artiste une ponction de son cachet remise au fonds de soutien de la chanson marocaine. Cet argent peut être fructifié dans plusieurs projets, comme par exemple la construction d’un club pour les artistes, dont nous avons besoin en priorité, afin de servir de lieu de rencontres et d’échange pour nos créateurs. Ce cadre juridique que nous proposons a déjà donné ses fruits en France, Jordanie, Syrie, Egypte et plusieurs autres pays ».Ahmed Gouitaâ, secrétaire général du ministère de la Culture, a, quant à lui, qualifié cette occasion d’importante pour un dialogue fructueux entre tous les acteurs du domaine artistique et le ministère de tutelle. «Il faut structurer l’exercice de la profession avec la création d’un ordre national supérieur des artistes marocains, et ce pour un intérêt général. C’est le premier axe qui doit gérer l’organisation des artistes avec toutes les lois adjacentes, concernant l’assurance maladie, le travail à l’intérieur et à l’extérieur du Maroc, Donc pour discuter de tout cela, nous avons besoin d’un seul interlocuteur afin de faciliter notre travail et le vôtre. Pour le deuxième axe de mon intervention, je dois rappeler qu’il ne faut pas mettre tous les festivals dans le même panier, car il y en a qui sont très positifs du point de vue économique ouvrant beaucoup de postes d’emploi, à savoir les sociétés des industries accompagnant ces manifestations, notamment la sono, les scènes, la sécurité, l’hôtellerie, entre autres ».Maîtrisant parfaitement le volet juridique marocain, Abdellah Ouadghiri, directeur du Bureau Marocains des Droits d’Auteurs, a souligné le fait que l’invitation des artistes étrangers doit être régie par des lois très claires qui donnent la chance aux artistes marocains de se produire, également, dans de meilleures conditions et avec des cachets respectables. Pour cela, il a mis le point sur des lois déjà existantes qui n’attendent que d’être appliquées pour faire la part des choses. «Il faut unifier le cadre juridique national. Nous avons toutes les lois nécessaires, mais il faut les faire bouger dans le bon sens. Ce qui se passe pour les artistes étrangers est doublement bénéfiques pour eux, puisqu’en plus du cachet faramineux qu’ils touchent, ils gagnent aussi des droits d’auteurs quand ils passent dans des organes audiovisuels marocains », explique-t-il. L’intervention de Taib El Alej a été des plus coléreuses. Il a, en effet, évoqué la marginalisation que subit l’artiste marocain au niveau des manifestations artistiques et des chaînes de télévision. « Un artiste de mon âge et de mon expérience qui a tant donné à ce pays se trouve écarté. C’est vraiment incroyable», s’est-il indigné. Mais, pour Moulay Ahmed Alaoui du Syndicat marocain des professions musicales, l’ouverture du Maroc à d’autres pays ne peut que l’enrichir davantage. «Ce que je déplore, c’est la considération et le privilège qu’on octroie à l’artiste étranger aux dépens du nôtre», confirme-t-il, tout en pointant du doigt les quelques failles à rectifier dans le statut de l’artiste pour qu’il soit plus solide et plus crédible pour la majorité des créateurs. L’intervenant dans le domaine cinématographique, Omar Belkhemmar, critique en 7e Art, a indiqué que le rôle de la production étrangère ne peut être que positif pour la floraison de ce secteur au Maroc. «Les lois régissant ce secteur exigent aux producteurs étrangers de faire travailler 25% de Marocains dans la totalité de leur staff. Pour les tournages, le Maroc ne peut pas exiger de taxes, vu qu’il y a une concurrence d’autres pays qui ne se font pas payer». D’autres interventions ont fait partie du programme de cette rencontre, se résumant dans l’union des forces de tous les artistes et un rapprochement concret entre politique et culture, avec l’intégration d’une vraie conscience nationale pour sauver la dignité de l’artiste marocain. Appel à une restructuration efficace. Après le Statut de l’artiste marocain qui n’a pas encore vu le bout du tunnel, puisqu’on ne réalise aucune application concrète sur le terrain, les organismes artistiques (syndicats et associations), appuyés par le Groupe Istiqlalien pour l’unité et l’égalitarisme, cherchent à organiser le travail de l’artiste étranger au Maroc. Celui du monde musical en premier lieu. Ce monde où l’artiste marocain subit une asphyxie, regardant ce qui se passe autour de lui sans pouvoir réagir. Un étouffement qui n’a que trop duré et un appel à une réorganisation et une restructuration solide et efficace.

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